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Intervention de Véronique Gallais (ASTS), 15 décembre 2007

Les MJC en Rhône-Alpes, Université d’automne
 
 
Plan de l’intervention :
 
I           – Quelques repères
II          – Constat, causes et solutions proposées
III         – Freins et facteurs favorables à la prise de conscience et à l’action
IV        – Développement durable et éducation populaire 
           
 
undefined I - Quelques repères
Dans la prise de conscience internationale de l’urgence économique et sociale, il y eut notamment les travaux du Club de Rome, avec le rapport « Halte à la croissance » publié en 1972, dont la proposition d’un objectif de « croissance zéro » a suscité bien des controverses.
En 1972 également s’est tenu le Sommet sur l’Homme et l’environnement à Stockholm, qui devait conclure à la nécessité de concevoir un développement respectueux de l’environnement, équitable au niveau économique et social, sous le terme de « éco développement ».
Un peu plus tard émergeait le concept de « développement durable[1] ». Initialement introduit par l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), il fut repris par la Commission pour l’environnement et le développement de l’ONU (Organisation des Nations Unies) présidée par Mme Gro Brundtland, en particulier dans le rapport « Our Common Future » (1987). Sa définition vise à atteindre un « développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. »
Du Sommet de la Terre à Rio en 1992 sont issus un certain nombre de textes déterminants :
-          La Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement marquait l’interdépendance entre les aspects économiques, sociaux et environnementaux.
-          L’Agenda 21 (agenda pour le 21ème siècle), posait le cadre d’un nouveau partenariat mondial pour le développement, en soulignant la responsabilité de chacun des acteurs et le lien entre les actions aux niveaux local et global. Il mettait en avant les leviers d’action dans les territoires et la nécessité de modifier les modes de production et de consommation.  Il enjoignait les Etats à définir des stratégies nationales de développement durable et les collectivités territoriales à mettre en place des Agenda 21 locaux.
-          Des conventions internationales juridiquement contraignantes (contrairement aux textes précédemment mentionnés) sur la biodiversité et le changement climatique furent arrêtées, ainsi que des déclarations sur la déforestation et la désertification.
Le Sommet de Rio  a également marqué la puissance de l’opinion publique, avec la participation de nombreuses ONG.
Mais en 2002, le Sommet de Johannesburg devait faire le constat du peu d’avancées depuis Rio et mettre en avant la nécessité de concevoir un plan programmatique et d’une grande visibilité qui aboutisse à l’élimination de la pauvreté et à la protection de l’environnement. Ayant réuni plus de cent chefs d'État et environ 60 000 personnes, parmi lesquelles des délégués, des représentants d'ONG, des journalistes et des entreprises, le Sommet de.Johannesburg consacrait le rôle de la société civile. Universit---d-automne07-037.jpg
Dans l’intervalle, le développement durable est invité dans toutes les conférences de l’ONU. Des stratégies de développement durable ont été définies pour l’Union européenne, pour la France. De nombreuses collectivités locales en France ont initié des Agenda 21 locaux. Le terme d’Agenda 21 local a été repris pour la définition de programmes d’actions par des établissements scolaires, des entreprises,…
Aujourd’hui, le terme de développement durable a été approprié par de multiples acteurs, mais sa définition ouvre la voie à des interprétations fort différentes et à des programmes d’orientations diverses. Pour beaucoup, il est devenu incontournable d’afficher des objectifs de développement durable. Mais qu’en est-il au-delà de l’image ? Le développement durable de l’activité ou de l’organisation prime bien souvent sur les préoccupations environnementales et sociales.
  
II – Constat, causes et solutions proposées
 Une urgence écologique et sociale
Le constat d’une urgence à agir se fonde sur celui de dégradations environnementales et sociales persistantes :
Dans le champ environnemental, avec des conséquences majeures pour les espaces de vie et la santé humaine : changement climatique, érosion de la biodiversité, pollutions (air, eau, sols), dégradation des sols, de la ressource en eau et en énergie, …
Dans le champ social : creusement des inégalités, tendance mal engagée par rapport aux « Objectifs du millénaire pour le développement » (réduction de moitié de l’extrême pauvreté, éducation primaire pour tous), victimes les plus pauvres de la crise environnementale (climat, désertification, conditions de travail, qualité alimentaire,…), épuisement des ressources fossiles et augmentation conséquente des prix, etc.
 Les causes de la crise
Le mode de développement occidental et son modèle économique sont largement mis en cause, l’économie étant devenue une fin plus qu’un moyen, portée par le productivisme et le consommationnisme, accélérant la marchandisation des ressources et des activités humaines. Le tout accéléré par la financiarisation de l’économie qui favorise la gestion actionnariale à court terme. La question des indicateurs apparaît essentielle, puisqu’ils guident l’action politique et orientent les représentations et normes sociales.
En réalité, le développement durable est un sujet éminemment politique !
 Définition
Les démarches de développement durable, au croisement de l’efficacité économique, de l’équité sociale et du respect de l’environnement, devraient viser le bien-être de tous les êtres humains, la préservation des richesses naturelles et la transmission d’une planète en bon état à nos descendants, en s’appuyant sur la diversité culturelle et sur les principes de qualité, d’autonomie et de solidarité – locale, internationale et avec les générations futures.
 Les solutions proposées
Les interdépendances imposent une approche transversale, intégrant les enjeux environnementaux, économiques, sociaux et culturels, fondée sur l’appropriation et la participation de tous les acteurs, et Universit---d-automne07-038.jpg l’articulation des différents leviers d’action : local / global, individuel / collectif, solidarités (intergénérationnelles, interterritoriales, sociales), …
La participation et le débat apparaissent en effets essentiels, l’émergence de « désaccords féconds » (P. Viveret) favorisant l’appropriation des enjeux et la construction collective de solutions.
Ainsi, un certain nombre (27) de principes fondateurs ont été arrêtés lors de la Conférence de Rio en 1992, sensés guider l’action. Parmi les principaux : solidarité, participation, intégration (globalité et transversalité), subsidiarité, précaution / prévention.
La nécessité de changer les modes de production, de consommation et de commercialisation, pour réduire drastiquement les impacts écologiques des plus grands consommateurs de ressources et générateurs de pollutions, implique pour tous les acteurs de reconsidérer leurs besoins et de mettre en place de nouveaux fonctionnements.
Edgar Morin parle de la nécessité d’un « changement civilisationnel ».
L’action politique doit guider et accompagner les changements à tous les niveaux, notamment au plan territorial.
 Quel rôle pour la science ?
Le rôle de la science et des scientifiques s’avère essentiel à la fois pour le constat, le diagnostic, la construction de clés d’analyse, mais aussi pour l’élaboration de solutions et leur suivi.  
Les priorités de recherche devraient également prendre en compte les enjeux du développement durable, par ailleurs questionnés par la privatisation, la « marchandisation » en cours de la science et de la recherche. Les valeurs et objectifs de la recherche, publique et privée, relèvent donc du débat « Science et Société » tandis que les choix scientifiques et techniques, les orientations de la recherche doivent intéresser l’ensemble des citoyens, rendant d’autant plus nécessaire la culture scientifique et technique de toutes et tous.
 III – Freins et facteurs favorables à la prise de conscience et à l’action
Si les Français se montrent de plus en plus préoccupés par ces enjeux de société, le passage à l’action reste difficile. Il faut cependant mesurer le poids des injonctions contradictoires auxquelles ils sont confrontés, notamment à travers les messages publicitaires qui invitent à consommer toujours plus, et qui contribuent à la formation des références sociales et culturelles.
D’une étude[2] réalisée par une stagiaire en psychologie environnementale au sein de l’ASTS en 2005 ressortent quelques renseignements intéressants sur les facteurs favorisant une appropriation des enjeux théoriques et pratiques :
-          Les contenus sont plus importants que les termes, les mots employés (développement durable, soutenable, décroissance, etc.). Il est important de mettre en avant le sens et les liens, d’expliquer, de démontrer (si possible de façon schématique), de faire des liens avec le concret.
-          L’exemplarité et la cohérence jouent un rôle important. A l’inverse, les comportements inverses des « donneurs de leçons » sont très dommageables à la prise de conscience et à l’action.
-          La transparence sur les actions menées et sur les résultats des mesures auxquelles les personnes contribuent favorisent la participation. D’où l’importance d’indicateurs et de leur suivi.
Aussi, il apparaît indispensable de prendre en compte les réalités et les perceptions des publics auxquels nous nous adressons, de croiser les enjeux théoriques et pratiques, d’illustrer les propos et de suggérer des propositions concrètes, efficaces et valorisables.
  
IV – Développement durable et éducation populaire[3]
Si les objectifs d’émancipation de chacun(e) et de promotion de l’individu portés par l’éducation populaire ont pu conduire à des formes désolidarisantes d’individualisme, les enjeux du développement durable ne pourraient-ils pas être l’occasion, en s’appuyant sur les aspects positifs du renforcement de l’individu, de promouvoir une autonomie solidaire et fraternelle ?
L’humanisme est en principe une valeur commune à l’éducation populaire et au développement durable (dans son acception la plus noble). Les deux démarches peuvent se retrouver sur la préoccupation de la place et de la participation de chacun(e) dans la société, de l’épanouissement humain, du développement personnel et communautaire.
Dans les activités, les petits gestes de la vie quotidienne peuvent servir de prétexte pour faire le lien avec les dérèglements du monde.
La mise en débat « politique » des enjeux théoriques et pratiques du développement durable peut constituer un ressort éducatif majeur pour l’appropriation, la responsabilisation, l’interpellation du politique, mais aussi pour l’action, individuelle et collective.
La « pédagogie de la citoyenneté » du développement durable pourrait représenter une « nouvelle vocation à accentuer dans l’éducation populaire pour lui redonner du sens »[4].
 
[1] De l’anglais « sustainable development », quelquefois traduit par « développement soutenable »
[2] « Quels mots et quels outils pour une éducation en vue du développement durable? », étude qualitative exploratoire, par Aurélie Dubois, sous la direction de Véronique Gallais, ASTS, 11/ 2004
[3] Voir aussi les actes du séminaire organisé par l’ASTS et les « MJC en Ile-de-France, fédération régionale » en octobre 2005 « Education populaire et développement durable ».
[4] Serge Gontcharoff, lors du séminaire « Education populaire et développement durable »
Par MJCRA - Publié dans : Les thématiques - Voir les commentaires - Ecrire un commentaire
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